Thriller

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samedi 21 novembre 2015

EVERY WOMAN IS A RIOT n°1 : SICARIO


Attention nouvelle rubrique ! "Every woman is a riot", devise empruntée au mouvement Femen (et que l'on pourrait traduire par "Chaque femme porte en elle la révolte"), est dédié à toutes les "riot grrrl" du cinoche, à toutes celles qui n'ont pas peur d'écraser les burnes du patriarcat. Cinéphageuses et cinéphageux, unissez-vous et venez célébrer les exploits de ces femmes fortes,  fières, fatales, rebelles, baroudeuses... Bref, comme le chantait le plus grand poète des années 80 : "Femme, femme, je te dédie ces mots".


EMILY BLUNT est KATE MACER dans
SICARIO de DENIS VILLENEUVE (2015)



PITCH 9 FROM OUTER SPACE

Jeune recrue du FBI, Kate Macer (Emily Blunt) est un agent de terrain spécialisé dans les prises d'otages. En intervenant avec son unité dans un repaire de narcotrafiquants, elle découvre une flopée de cadavres dissimulés dans les murs en contreplaqué. Dans la foulée, Macer est recommandée pour un autre job : intégrer une équipe clandestine chapeautée par le Département de la Défense afin de choper le boss du cartel mexicain. Aux côtés de Matt Graver (Josh Brolin), un barbouze de la CIA, et du mystérieux "consultant" Alejandro (Benicio Del Toro), la miss s'infiltre dans le tumulte urbain de Ciudad Juárez, zone frontalière entre les États-Unis et le Mexique où le trafic de drogue impose sa loi. Mais le doute s'installe bientôt dans le cœur de Kate qui se méfie des réelles intentions de Graver et remet en cause ses méthodes peu orthodoxes. Volontairement laissée dans le flou, l'agent du FBI va progressivement se perdre dans les méandres d'une affaire de plus en plus obscure et périlleuse...


ACTRESSES DO IT BETTER

On a rarement vu une Emily Blunt aussi tendue que dans Sicario. Le danger tatoué sur le front, le gilet pare-balles comme seconde peau, le glock toujours en alerte, l'actrice prête sa silhouette gracile à une femme volontaire dont la droiture va se fracasser contre le mur des réalités. Une réalité complexe, avec peu de bons et beaucoup de méchants, dirigée dans l'ombre par des individus chargés de "stabiliser" le chaos. L'idéalisme de Kate Macer est mis à rude épreuve tout au long du film et les évènements la poussent à ouvrir les mirettes et à gerber un bon coup. Alors que le doute ronge son personnage, la Blunt ne baisse jamais les yeux et garde une posture martiale même quand la mort la regarde en face. Une performance physique, psychologique et viscérale qui ne surprendra pas ceux qui ont déjà admiré la comédienne dans les deux bandes de SF les plus ludiques de ces dernières années : Looper (Rian Johnson, 2012) et Edge of tomorrow (Doug Liman, 2014). Dans le premier, elle n'hésite pas à sortir son tromblon pour protéger un bambin doué de télékinésie. Dans le second, elle incarne la "Full Metal Bitch", héroïne de guerre bottant le cul des aliens venus envahir la planète bleue. Et en plus le registre gothique (Wolfman, 2010), indé (Sunshine cleaning, 2008) et romantique (L'agence, 2011) lui vont aussi à merveille. On attend donc avec impatience Emily Blunt en reine des glaces dans la préquelle de Blanche-Neige et le chasseur. Elle y partage l'affiche avec Jessica Chastain et Charlize Theron. Un plaisir à trois qui ne se refuse pas.


L'AVIS DES TÉLÉ 7 VAMPIRES D'OR

La séquence d'ouverture de Sicario (terme désignant un tueur à gages) donne le ton : rien de l'extrême violence du bizness de la blanche ne nous sera épargné. À tel point que le long-métrage retrouve par moment la puissance horrifique et poisseuse de Seven, pour un résultat faisant parfois froid dans le dos (à Ciudad Juárez, des corps amputés sont pendus sous les ponts). Et ce sans jamais tomber dans l’excès, Denis Villeneuve sachant mesurer ses effets et les faire exploser quand il le faut (le gunfight éclatant en plein embouteillage est emballé avec un parfait sens du timing). Car les intentions du réalisateur québécois dépassent le simple cadre du thriller pour rejoindre les rives du Styx. À l'instar de Prisoners (du même Villeneuve), les protagonistes sont ici plongés dans un enfer sans retour. Dans cette enquête aux apparences trompeuses, les ténèbres dévorent progressivement toute la lumière du globe et finissent par terrasser les convictions de l'agent Kate Macer. Tout comme elle, le spectateur ne sait pas où il va et se prend une méchante torgnole lors d'un dernier acte tétanisant. "Vous n'êtes pas un loup. Le monde appartient aux loups désormais" lance un Benicio Del Toro monstrueux de présence face à une Emily Blunt médusée. Cette réplique, d'une impitoyable lucidité, nous hante encore bien après la fin de ce suffocant Sicario.


Emily Blunt dans Sicario : les ténèbres au bout du tunnel.

5 commentaires:

  1. Je prends bonne note de ce Sicario qui soutient (visiblement) la comparaison avec Seven. Une Emily Blunt plus convaincante que jamais ? Je demande à voir...

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    1. Certains passages chocs m'ont fait penser à Seven, mais pour le reste Sicario suit sa voie entre narco polar, actioner nerveux et spy movie. Quant à Emily Blunt, elle poutre, je t'assure...

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  2. Excellente idée de rubrique !
    Et très chouette actrice. Mais je ne suis pas convaincu par le film. C'est comme si un personnage féminin fort avait été créé en effet mais que tous les hommes autour d'elle dans le scénario l'avait cantonné au rôle de spectatrice. Jamais elle n'agit dans le récit. Pire elle sert d'appât. Pire et pire les derniers mots de Benicio Del Toro à son encontre que je pourrais reformuler ainsi " retourne à ta cuisine, ici c'est pas pour toi". Vraiment pas convaincu par ce film, même si c'est vrai il y a quelques points forts, la photo notamment ou l'image donnée à la frontière, entre Mexique et Etats-Unis, entre chien et loup, entre voies légales et justice personnelle...

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    1. La manipulation du personnage de Blunt est un parti-pris scénaristique jouant aussi sur la notion de suspense. Le spectateur découvre la vérité en même temps que l'héroïne, nous nous situons à son niveau d'information...
      Et puis le propos de Villeneuve est noir et sans appel : nous ne sommes que des pions dans un monde dirigé par des salauds. Malgré tout, Kate Macer se montre courageuse et intelligente, même si son sens moral reste impuissant face à une réalité qui la dépasse. C'est justement ce sens moral que Del Toro remet en cause à la fin du film.
      Merci pour ton passage, Benjamin, je vais de ce pas lire ta chronique de Sicario sur la Kinopithèque. Passe une bonne soirée.

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  3. Je découvre ce blog (et le précédent)un peu tardivement. Beau travail de recherches sur le cinéma bis.
    Dommage que vous n'ayez plus publié depuis un an. :-(
    Marcorèle
    https://cineluctable.wordpress.com/

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