Thriller

Thriller

mercredi 8 juillet 2015

COLORADO

La resa dei conti. De Sergio Sollima.
Italie/Espagne. 1966. 1h50 (director's cut).
Starring : Lee Van Cleef, Tomas Milian & Walter Barnes.


Hommage au grand Sergio Sollima, disparu le 1er juillet 2015 à l'âge de 94 ans. À cette occasion, je vous ressort ma petite chronique de Colorado, initialement publiée sur mon premier blog, The Dirty Cinema. C'était le 29 août 2013 et ce jour-là, il faisait aussi chaud qu'à Almería...

Le bon, la brute et le truand. Django. Colorado. 1966 est une belle année pour le western italien. Un genre alors à son apogée que le trio magique des "trois Sergio" (Leone, Corbucci et Sollima of course) va sans cesse tirer vers le haut. Grâce au blu-ray paru chez Wild Side, il est désormais possible de découvrir dans sa version director's cut (soit 110 minutes contre 90 pour le montage tronqué) le premier spaghetti d'un cinéaste éclairé, engagé et intègre. Le CV de Sollima ne comporte d'ailleurs que trois westerns. Mais pas des moindres. Entre Colorado et son excellente suite intitulée Saludos hombre (1968), le bonhomme orchestre Le dernier face à face (1967), un chef-d'œuvre dont la portée philosophique, politique et humaniste encourage le spectateur à réfléchir sur sa propre place dans l'univers.

Un sommet déjà atteint par son auteur un an plus tôt, lorsqu'il dirige la "Brute" elle-même (Lee Van Cleef, tout juste sacré star au pays de Paolo Eleuteri Serpieri) dans le rôle du chasseur de primes, Jonathan Corbett. Efficace dans son job, connu dans tout le Texas, ce dernier part favori aux prochaines élections sénatoriales. Dans l'espoir de le voir soutenir un important projet ferroviaire, un riche propriétaire nommé Brokston (Walter Barnes) propose à Corbett de financer sa campagne. Mais lorsqu'il apprend qu'une gamine de douze ans a été violée et tuée par un certain Manuel Sanchez dit "Cuchillo" (Tomas Milian), l'aspirant politique redevient "bounty killer" le temps de retrouver l'assassin...

Dès la séquence introductive de Colorado, Sollima impose sa grammaire cinématographique. Trois malfrats en cavale pensent rejoindre dans les montagnes leur dernier complice. Un léger mouvement de caméra dévoile discrètement un homme pendu à un arbre. En lieu et place dudit complice - déjà mort donc - se trouve Corbett qui s'apprête calmement à cueillir le trio. Avec sobriété et précision, le réalisateur de Città violenta et Revolver (deux polars d'exception) fait basculer le sens des images et annonce le piège dans lequel sont tombés nos bandits malchanceux. Un style moins ostentatoire que celui de Leone et moins frontal que celui de Corbucci. La mise en scène de Sollima s'imprègne davantage d'une certaine forme de classicisme hollywoodien, sans pour autant renier son italianité.

Voulant marquer sa différence avec la foultitude de westerns spaghettis produits à cette époque, Sergio Sollima ajoute une réelle profondeur aux figures imposées par le genre (fusillade homérique, baston dans un bordel, duel sous un soleil de plomb...). Dans La resa dei conti (Le règlement de comptes, devenu en France... Colorado), les apparences sont trompeuses. Les "méchants" ne sont pas ceux que l'on croit. S'il est le meilleur dans sa discipline (la chasse à l'homme), Corbett se fait pourtant flouer par des politicards véreux, des hommes d'affaires cupides et sans scrupules. Le personnage campé par Lee Van Cleef évolue au fil du récit et finit par ouvrir les yeux sur la véritable nature de sa proie.

Cette proie s'appelle "Cuchillo" (couteau en espagnol), un sobriquet acquis en maniant le poignard comme un ninja. Rustre et hâbleur mais foutrement malin, le péon mexicain est avant tout la victime des propriétaires terriens, le symbole des opprimés. Celui qui doit continuellement fuir un monde qui ne veut pas de lui. Dans des guenilles usées jusqu'à la corde, Tomas Milian s'approprie magistralement son double fictif et n'hésite pas à se baigner dans la fange. Une personnalité pittoresque animée par un comédien survolté dont le génie se situe au-delà de tout cabotinage. L'art de la substitution (une ruse utilisée par "Cuchillo" pour échapper à son poursuivant) alimente en partie le jeu du chat et de la souris auquel se livre le duo antinomique et savoureux formé par Milian et Van Cleef. Ce dernier offre, pour sa part, tout son charisme à un homme opiniâtre dont la droiture d'esprit l'amènera à faire le bon choix. Comme celui de (re)voir un western de la trempe de Colorado.

DVD et Blu-ray disponibles chez Wild Side.


Lee Van Cleef pris entre le pot de terre et le pot de fer
dans Colorado.

BONUS MUSICAL 
Un extrait du score démentiel d'Ennio Morricone. Sans cet autre maestro, le western all'italiana ne serait pas ce qu'il est : un plaisir autant visuel que sonore.

7 commentaires:

  1. Excellent papier pour ce western de Sollima qui rend en plus hommage à ce maître du genre. Pour ma part, j'ai un petit faible pour "Le dernier face à face".

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    1. Merci beaucoup, Ragnar Lothbrok ! Entre Colorado et Le dernier face à face mon cœur balance, les deux films étant thématiquement assez proches. Si l'on ajoute Saludos hombre, on tient là une trilogie exemplaire dans laquelle le spectacle et la réflexion ne font qu'un. Car en plus d'être un putain de cinéaste, Sollima était aussi un homme engagé...

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    2. Madeleine Tenebrarum vous êtes indispensable! Merci pour cet hommage et au réalisateur et au film lui même qui restera toujours l'un de mes préférés. C'est aussi grâce à Colorado que je pris, à sa sortie, deux belles claques, l'une en découvrant le western italien, l'autre en entendant pour la 1ère fois de ma vie El Maestro Morricone dont la BO est exceptionnelle. Et je suis 100 % d'accord avec vous. La trilogie Sollima est tout simplement remarquable.

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    3. Mais je t'en prie, Patrick ! Indispensable, moi ? C'est trop d'honneur, voyons. En tout cas, merci du compliment ! Je ne peux qu'être d'accord avec tes propos sur cette merveille qu'est Colorado. En plus, tu as eu la chance de le découvrir en salle, quel veinard ! Quant à la musique du dieu Morricone, elle est tout simplement addictive, je ne me lasse jamais de l'écouter.

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    4. Pour la petite histoire je ne le vis pas en salle mais en extérieur pendant mes vacances d'été sur une plage de Sitges! La version espagnole " El alcon y la presa " était celle du réalisateur et Tomas Milian remarquablement doublé ! J'ai de plus le 33 tours de Colorado orchestré par Bruno Nicolai.Mais tout ceci ne me rajeunit pas...:)))

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    5. Sur une plage de Sitges, ça devait le faire ! Et ton 33 tours est un collector, ça c'est certain. Merci pour toutes ces précisions, Patrick !

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    6. De rien Madeleine c'est toujours un plaisir ! Bonnes vacances!

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