Thriller

Thriller

dimanche 26 juillet 2015

BIG RACKET

Il grande racket. D'Enzo G. Castellari.
Italie. 1976. 1h40.
Starring : Fabio Testi, Vincent Gardenia & Marcella Michelangeli.


En inaugurant sa nouvelle collection dédiée au poliziotteschi (ou poliziesco), Artus Films a visé en plein dans le mille en nous offrant la version intégrale de l'un des meilleurs représentants du genre : Big racket ! Et c'est quoi Big racket ? Un coup de latte dans les roustons, un coup de boule dans le pif, un coup de poing dans le buffet ! Bref, une méchante bourrinade comme on n'en fait plus et qui nous replonge dans les tumultueuses 70's, parenthèse désenchantée et fiévreuse dans laquelle la réalité (les fameuses années de plomb) et la fiction (L'inspecteur Harry, Un justicier dans la ville) ont inspiré des polars foutrement enragés. Le Bis italien, cet univers impitoyable... La dolce vita est une grosse arnaque. À Rome, les commerçants se font racketter par des gangs au service d'un mafieux appelé Rudy le Marseillais (Joshua Sinclair). Ceux qui n'obtempèrent pas se retrouvent soit avec leur boutique en miettes, soit à l'hosto. Chargés de l'enquête, l'inspecteur Nico Palmieri (Fabio Testi) et son coéquipier, le sergent Salvatore Velasci (Salvatore Borghese), tentent d'endiguer cette nouvelle vague de terreur. Un job épineux que le manque de coopération des victimes ne facilite guère. Seul le restaurateur Luigi Giulti (Renzo Palmer) se laisse convaincre de témoigner contre ses agresseurs. Mais pour cela, le bonhomme va en payer le prix fort : le kidnapping et le viol de sa gamine... De son côté, Palmieri est lui aussi pris à partie et finit avec sa bagnole au fond d'un ravin. Échappant de peu à la mort, l'ispettore ne compte pas en rester là. Ni sa hiérarchie (de toute façon corrompue), ni le pape (rien à craindre, il est toujours fourré au Vatican), ni ce berlusconnard de Silvio (trop occupé à ses soirées "bunga bunga"), ne l'empêcheront de débarrasser la ville du crime organisé...

Un enfer urbain au bord du chaos : tel est le monde dépeint par Big racket. Dès la séquence d'ouverture, Enzo G. Castellari frappe fort. Sur la musique furibarde de Guido et Maurizio De Angelis, une bande de délinquants saccage un magasin et semble y prendre un certain plaisir. Les ralentis décuplent l'impact de chaque geste et ne laisse aucune chance au décor qui se fait littéralement pulvériser. Rien de doit rester debout, intact, entier. Tout doit être détruit. L'ère des nouveaux barbares commence et met la civilisation à genoux. Par leur sauvagerie décomplexée et leur look de motard/loubard, les assaillants préfigurent avec quelques années d'avance l'avènement du post-nuke à l'italienne. Sauf qu'il s'agit ici d'une pré-apocalypse, des prémices d'une fin du monde annoncée où la bestialité des hommes précipitera la chute du genre humain. Et puisque l'injustice gangrène les âmes et que la justice déserte les institutions, il ne reste plus qu'une seule alternative : combattre la violence par la violence. Seuls les plus forts survivent. Seuls les plus armés détiennent le pouvoir... Pour illustrer ce nihilisme implacable, Castellari y va franco et expose de manière frontale et spectaculaire toute l'horreur de son sujet. Les racketteurs sont sans foi ni loi et n'ont aucune limite (mention spéciale à la seule nana du groupe jouée par Marcella Michelangeli et qui nous apparaît encore plus féroce que les mâles). Violer une fillette ou brûler vive une femme ne les empêchent pas de dormir. Extrême, Il grande racket l'est assurément... Cependant, le savoir-faire du réalisateur de Keoma (western crépusculaire et puissant sorti lui aussi en 1976, du moins en Italie) fait toute la différence et parvient à transcender les aspects les plus radicaux du long-métrage. Ne reculant devant aucun obstacle, le Enzo n'hésite pas à placer sa caméra à l'intérieur de la voiture de Testi quand celle-ci est bazardée dans un précipice ! L'effet est saisissant et garanti sans trucages numériques ! Une prouesse technique à laquelle s'ajoutent deux gunfights impeccablement troussés : le premier dans une gare de triage où intervient un champion de ball-trap (Orso Maria Guerrini, également présent dans Keoma et dans Laure avec Annie Belle) et le second dans un entrepôt, un morceau de bravoure constituant le climax du film. Une conclusion percutante qui donne l'occase à Castellari de citer La horde sauvage de Peckinpah, l'un des maîtres du cinéaste transalpin. Pas étonnant, vu l'âpreté de Big racket... 

Ne faisant pas dans la demi-mesure, l'admirateur du grand Sam emmène son récit jusqu'au point de non-retour. Tendu jusqu'au désespoir, Il grande racket bascule rapidement dans l'auto-défense. Bien loin de l'ambiguïté du premier Death wish, le poliziesco du fils de Marino Girolami et du neveu de Romolo Guerrieri (chez Enzo, le cinéma est une histoire de famille) impose à dirty Palmieri une vendetta à la hauteur de ses adversaires. Le crime est un poison, Testi est l'antidote. Mais pour accomplir sa vengeance, le policier burné a besoin d'une équipe peu regardante sur le code pénal. Flic et voyou s'associent alors pour flinguer Rudy le Marseillais et sa clique, des ennemis communs pour chacun des membres de cette expédition punitive. Belle idée que celle de réunir une poignée de salopards pour en éliminer des bien pires... Parmi les fripouilles avec lesquelles s'acoquine le "héros", on retrouve un Vincent Gardenia qui excelle en pickpocket adepte de la fauche sans arme, ni haine, ni violence. La présence de l'acteur n'est pas le fruit du hasard compte tenu de sa participation à Un justicier dans la ville (Gardenia figurera également au générique du "cannonesque" Un justicier dans la ville 2 en 1982). La parenté entre le chef-d'œuvre de Michael Winner - sorti deux ans plus tôt - et la tournure vigilante assumée par Big racket, n'en est que plus évidente. Fabio Testi est d'ailleurs fort convaincant en émule de Charles Bronson et de Clint Eastwood. Habitué du poliziotteschi (citons pour le plaisir les excellents Revolver du regretté Sollima et La guerre des gangs du tout aussi regretté Fulci), le bonhomme est un comédien solide comme un roc, assurant comme une bête dans les registres physiques comme dramatiques (n'oublions pas sa performance dans le poignant L'important c'est d'aimer de Zulawski). On ne sera pas surpris de revoir Testi dans un autre polar de Castellari : Action immédiate (aka La via della droga, 1977)... Pour en revenir à Big racket, ce dernier pourrait se résumer à sa dernière image. En plan fixe, le visage d'un homme est déformé par la colère. Contraint de se salir les pognes pour affronter les "méchants", l'individu semble avoir perdu son humanité. Car quel que soit notre camp, les notions de bien et de mal s'effacent devant la complexité d'un monde sans pitié. Le bien, le mal. Une histoire de violence dans les deux cas.

DVD disponible chez Artus Films.

D'autres chroniques de Big racket sont à lire toutes affaires cessantes sur Toxic Crypt et La Pellicule Brûle.


Fabio Testi démantèle le grand racket : œil pour œil, plomb pour plomb.

4 commentaires:

  1. Super chro pour super film! A la fois une belle réflexion sur la violence et ses dégâts et un pur film d'exploitation! Des fusillades de folie, des antihéros mémorables, tout est là! Super boulot Max :)

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    1. Merci beaucoup Rigs ! Et je te retourne le compliment pour ton texte sur Big racket, une tuerie à l'image du film. À plus, l'ami !

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  2. Je viens un peu tard, mais bravo pour cette chronique géniale d'un film tout simplement cultissime. Mon opinion est plus modérée, mais je suis assez d'accord avec les arguments évoqués dans l'article. C'est peut-être le meilleur film d'Enzo G;Castellari...

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    1. Merci Séka ! Big racket est aussi mon Castellari préféré (Keoma et Une poignée de salopards ne sont pas bien loin).

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