Thriller

Thriller

lundi 22 juin 2015

NANA, POUPÉE D'AMOUR

Nana. De Mac Ahlberg. 
Suède/France. 1970. 1h36. 
Starring : Anna Gaël, Gillian Hills & Keve Hjelm.


Les lycéens assidus se souviennent de Nana, le roman d’Émile Zola publié en 1880 et issu du cycle des Rougon-Macquart. De même, les cinéphiles les plus sérieux savent que cet incontournable des belles-lettres a été adapté par Jean Renoir en 1926 et par Christian-Jaque en 1955; et que même Hollywood en a pondu une version en 1934 avec le film de Dorothy Arzner et George Fitzmaurice. Je suis même prêt à parier mon calcif dédicacé par Samantha Fox qu'ils connaissent aussi la transposition danoise de Knud Lumbye (1910), celle - italienne - de Camille De Riso (1914) et le Nana mexicain de Roberto Gavaldon (1943). Pour leur part, les fans de Véronique Genest ont encore en mémoire la mini-série éponyme diffusée en 1981 sur Antenne 2 (à l'époque, elle était très mignonne, la Véro, elle avait même posé pour le magazine "Lui". Mais ça, c'était avant qu'elle ne rentre dans la flicaille de TF1...). Quant aux bisseux, du bouquin de Zola, ils retiennent avant tout son adaptation en 1970 par Mac Ahlberg (ça tombe bien) et également celle de Dan Wolman : Nana, le désir (1983). Car le cinéma érotique des 60's/70's s'est souvent inspiré des classiques de la littérature française. Si les puristes tirent la tronche devant un tel manque d'académisme, les autres peuvent se délecter des productions allemandes de la fin des sixties comme Les folles nuits de la Bovary (d'après Flaubert), Les vierges folichonnes (Balzac) et L'ingénue perverse (Maupassant dont le Bel-Ami est d'ailleurs revisité par Mac Ahlberg en 1976). Trois exemples poétisés par la présence d'Edwige Fenech... 

Outre Guy de Maupassant et Émile Zola, le réalisateur de Nana, poupée d'amour a également été influencé par d'autres romanciers, dont John Cleland (Fanny Hill - 1968 et Le tour du monde de Fanny Hill - 1974), Daniel Defoe (Molly - 1977, très libre adaptation de Heurs et malheurs de la fameuse Moll Flanders) et Donatien Alphonse François de Sade (Justine et Juliette, 1975). N'oublions pas que le premier long-métrage mis en scène par Mac Ahlberg (Moi, une femme, 1965) est lui aussi tiré d'un best-seller (Jeg-en kvinde d'Agnethe Thomsen). Des lectures qui offrent une base solide aux bandes érotiques de leur auteur, ce que ne contredit pas ce Nana version 1970, enfin dispo en dvd grâce à l'éditeur Bach Films... Relatant la grandeur et la décadence d'une courtisane sous le Second Empire, l'œuvre de Zola est la matière idéale pour le réal de Flossie. Transposant l'histoire d'origine sur un mode contemporain, la Nana du cinéaste suédois joue les  artistes de cabaret, chantant et dansant devant un public hypnotisé par son charme. Dans l'assistance, les hommes la désirent et ne tardent pas à lui faire la cour. Les types riches et influents, issus du showbiz ou du milieu politique, l'emballent sans peine; les autres peuvent passer leur chemin. Car la poupée d'amour, ancienne prostituée des bas-fonds, se sert de ses prétendants pour gravir l'échelle sociale. Aguichante et manipulatrice, Nana possède des armes de séduction massive mettant le monde à ses pieds. Pourtant, ses attributs -aussi affriolants soient-ils- ne peuvent pas tromper indéfiniment ses amants successifs...

C'est Anna Gaël, actrice française d'origine hongroise, qui prête ses jolis traits au rôle-titre. Si sa frimousse vous dit quelque chose, c'est que vous l'avez sans doute déjà croisée chez Max Pécas (Espions à l'affût, 1966) Radley Metzger (Thérèse et Isabelle, 1968), Jean-François Davy (Traquenards, 1969), John Guillermin (Le pont de Remagen, 1969), Michael Cort (Zeta One, 1969) ou encore Édouard Molinaro (Dracula père et fils, 1976). Un CV hétérogène, non exclusivement dédié au porno soft, et qui s'achève au début des 80's lorsque la miss Gaël plaque tout pour devenir correspondante de guerre. De cette expérience naît un roman paru en 1983 : La guerre est plutôt malsaine pour les enfants. Un virage à 180 degrés qui tranche avec l'imposture vénale de son personnage dans Nana, poupée d'amour, une femme fatale à la fois geôlière et prisonnière d'un microcosme où le pognon asservit les individus et gangrène les rapports sociaux. La beauté froide d'Anna Gaël s'accorde à merveille avec la personnalité trouble de cette "belle de nuit" arriviste. Apportant un soupçon de fragilité à son jeu, la comédienne sait aussi traduire le tragique inhérent à la condition d'une femme effrayée par la solitude, la vieillesse et la mort; et tombant réellement amoureuse du seul mec de son entourage à être fauché. Ironique et pathétique, tel se présente le parcours de Nana, une michetonneuse cachant en réalité un être hanté par l'éphémère... Aussi noir sur le fond que coloré sur la forme (certains décors sont fabuleusement psychédéliques), Poupée d'amour est un drame cruel dénonçant les travers d'une bourgeoisie clinquante et immorale. La conclusion du film sombre d'ailleurs dans un cynisme sans appel... Comme quoi, Zola peut être fier de Mac Ahlberg, cinéaste dont le talent et la pertinence méritent eux aussi d'être reconnus.

DVD disponible chez Bach Films.

Anna Gaël est Nana :
une femme amoureuse d'un reflet qui finira inéluctablement par lui échapper...

4 commentaires:

  1. J'avais adoré le bouquin, et je me disais souvent que ce serait dur à mettre à l'écran sans y mettre trop de sexe pour la censure. Il faut croire que Mark Ahlberg était d'accord avec moi ! Intriguant, ce nana...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je te le conseille, cher Z ! Ce Nana épouse de façon très pertinente les thématiques du roman de Zola. Avec en plus, ce petit côté 70's qui donne à l'ensemble un charme supplémentaire... En ce qui concerne l'érotisme, chez Mac Ahlberg, il sert toujours l'histoire et les personnages et n'a jamais rien de gratuit ou de frivole. C'est là tout le génie de ce cinéaste bien trop méconnu...

      Supprimer
  2. Bien évidemment, je ne connais pas les titres dont tu parles ici mais je vois que tu n'as pas perdu ta verve (j'ai bien dit ta verve Max...) littéraire et ta plume si fine. A chaque fois, tu nous fais découvrir des films qui me sont souvent inconnus et tu deviens un vrai spécialiste du genre. Bravo l'ami.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup Roggy, c'est toujours un plaisir de te faire découvrir des petites pépites de l'érotisme ! À bientôt l'ami !

      Supprimer