Thriller

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lundi 1 juin 2015

MAD MAX : FURY ROAD

Mad Max : Fury Road. De George Miller.
Australie/États-Unis. 2015. 2h00.
Starring : Tom Hardy, Charlize Theron & Hugh Keays-Byrne.


C'était devenu l'arlésienne par excellence. Pensez-vous, un nouveau Mad Max. Nombreux sont ceux qui attendaient ça depuis 30 ans. Longtemps annulées ou reportées, les nouvelles aventures du road warrior commençaient sérieusement à se faire désirer. Et puis vinrent enfin les premières images avec un trailer à se faire décalquer contre le mur. En deux minutes et quelques secondes, Mad Max : Fury Road déchaîne les enfers au son de Dies Irae, le requiem de Verdi. À ce stade, le résultat promet d'être sacrément méchant. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le long-métrage ne déçoit (presque) en rien nos attentes... Pas vraiment une suite (l'opus 2 et 3 semblent être ignorés), pas vraiment un reboot (l'histoire ne repart pas de zéro), ce quatrième film commence sur les chapeaux de roues. Silhouette cassée sur un horizon brûlant, Max Rockatansky (Tom Hardy) vient à peine d'apparaître à l'écran qu'il saute déjà dans son bolide pour échapper à un gang motorisé. L'Interceptor finissant dans le décor, l'ex-flic est capturé et escorté jusqu'à la Citadelle, là où règne le seigneur de guerre Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne). Parce qu'il détient l'eau, il détient le pouvoir. Dans cet enfer terrestre ne ressemblant plus qu'à un désert infini, la flotte est un trésor, tout comme l'essence qui permet à l'individu de se déplacer en quête d'un monde meilleur. C'est ce qui motive l'Imperator Furiosa (Charlize Theron), l'un des lieutenants d'Immortan Joe, quand elle fait faux bond à son boss au volant d'un camion-citerne. Et le despote a de quoi être en rogne puisque la rebelle s'est enfuie avec ce qu'il a de plus précieux : ses cinq jeunes et belles épouses. S'engage alors une gigantesque course-poursuite entre les deux antagonistes. Avec en plein milieu, un Max attaché au capot de la bagnole de Nux (Nicholas Hoult), l'un des hommes (ou plutôt "War Boys") d'Immortan Joe...


Impossible de ressentir le réel impact de Mad Max : Fury Road uniquement à travers ce pitch façon "Si vous avez manqué le début". Les mots ne peuvent se substituer aux images les plus folles de ce spectacle insensé... Actioner organique et cramé, rollercoaster constitué de chair et de gasoil, Fury Road renvoie plus au viscéral Mad Max 2 : le défi (avec quelques clins d'œil en prime) qu'au mainstream Mad Max : au-delà du dôme du tonnerre. Le concept sombre et radical des débuts est donc de retour avec un quatrième volet étalant sur deux heures l'incroyable climax du chef-d'œuvre de 1981. Un putain de morceau de bravoure en somme, qui prouve que le trop rare George Miller n'a pas perdu la main, loin de là. Capable, par le passé, de faire des merveilles  avec un budget dérisoire (le premier Mad Max est un modèle de mise en scène), le réalisateur fait aujourd'hui de même avec les moyens d'un blockbuster. Son sens du rythme et son impeccable gestion de l'espace sont toujours présents (la caméra est constamment à l'affût du meilleur angle possible); et seul un homme de goût comme lui peut se passer du tout numérique (malgré l'ampleur de l'entreprise, les CGI restent discrets et ne viennent jamais trahir l'authenticité des cascades). Un cinéaste en pleine possession de ses moyens donc, et qui ne laisse rien au hasard quand il s'agit de donner vie à son univers post-apocalyptique. Le moindre détail étoffe chaque plan du long-métrage (le look des personnages est très étudié et sert à mieux les caractériser) et  matérialise à l'écran un futur dans lequel la monstruosité - physique et mentale - remplace le peu qu'il reste de l'humanité. Le monde imaginé par Miller et ses scénaristes ressemble à un cauchemar tribal et décadent, à un enfer mécanique où seuls les plus forts et les plus fous survivent... Bourré d'idées aussi démentes les unes que les autres (cf. ce guitariste au lance-flammes échappé d'un clip de Rammstein !), Mad Max : Fury Road est visuellement dantesque. Le spectateur s'en prend plein les mirettes devant ce grand huit enragé dans lequel la tôle est malmenée comme rarement auparavant (on s'en doutait, toutes les courses-poursuites du film écrasent la concurrence).

 
Pour autant, le film de George Miller ne saurait se limiter à des engins customisés comme des chars d'assaut et lancés à toute berzingue sur un désert de feu. Le script est à la hauteur du spectacle et propose quelques pistes de réflexion propres au genre dystopique : l'être humain a-t-il un avenir ? La dictature ou la liberté ? Faut-il encore s'encombrer de l'espoir ? Mais la principale question qui anime Fury Road serait plutôt : faut-il fuir ou se battre ? La seconde proposition est la meilleure, surtout lorsque la tyrannie impose sa loi à toutes celles et ceux qui n'ont ni armes ni vivres. Le sort réservé à ces nymphes emprisonnées et réduites à l'esclavage sexuel n'est guère enviable, tout comme celui des War Boys, prêts à jouer les kamikazes pour une place au Valhalla... Heureusement, il reste encore des héros et des héroïnes, comme la bien nommée Furiosa, premier grain de sable à enrayer la machine d'un système moyenâgeux. Pour cet emploi d'amazone post-nuke, il fallait bien une actrice telle que Charlize Theron pour scotcher l'assistance. Son autorité, son charisme et son style (crâne rasé, cambouis sur le front, bras gauche bionique) imposent d'emblée le respect. On pourrait dire que la Meredith Vickers du sous-estimé Prometheus incarne ici une version féminine de Mad Max. Le corps et l'âme marqués par de profondes cicatrices, la Furiosa de la miss Theron tire elle aussi sa force d'un passé sinistré. Un personnage en acier trempé donc, que son interprète rend en tout point mémorable. Mémorable, c'est aussi l'adjectif le plus approprié pour désigner le bad guy joué par Hugh Keays-Byrne, le "Chirurgien" du Mad Max original ! Si la maladie a visiblement laissé des traces sur son corps d'albinos, le Colonel Joe Moore (alias Immortan Joe) n'en est pas moins redoutable et menaçant. Sa corpulence et son visage masqué (ou plutôt "denté") le rapprochent du Lord Humungus, le dominateur haltérophile de Mad Max 2. Bref, ça fait un sacré bout de temps qu'on n'avait pas vu un méchant aussi impressionnant. Soyez témoins ! Curieusement, Tom Hardy se fait voler la vedette par ses petits camarades. Son Max Rockatansky peine à s'imposer et semble constamment en retrait, même si le personnage est fidèle à la mythologie "madmaxienne" (un solitaire bourru qui s'humanise en prenant fait et cause pour autrui). Ce qui aurait pu être un défaut rédhibitoire dans un film lambda, reste ici acceptable. Pourquoi ? Parce que Mad Max : Fury Road est un petit miracle au sein d'une industrie hollywoodienne de moins en moins encline aux débordements en tout genre. Louons George Miller pour avoir refoutu ses pognes dans la graisse de moteur et avoir donné des "tripes" au blockbuster actuel.


Mad Max : Fury Road : la violence du bitume dans toute sa démesure. What a lovely day !
 

À LIRE AVANT LA FIN DU MONDE

"Mad Max a repris la route pour me coller une grosse beigne [...]"  TOXIC CRYPT

"Une œuvre protéiforme d'une rare puissance visuelle et émotionnelle, une tragédie grecque aux accents wagnériens réinventant le film d'action comme dans un rêve de gosse."  LA SÉANCE À ROGGY

"Miller nous a livré le plus grand spectacle d’action motorisée de tous les temps, bourrée jusqu’à la moelle d’inventivité [...]"  INGLORIUSCRITIK

"Réalisateur de génie responsable d'une (première) trilogie légendaire, George Miller s'est à nouveau surpassé dans sa fonction d'alchimiste n'ayant rien à envier à Méliès puisqu'il réinvente ici le langage cinématographique sous le concept de l'actionner bourrin !"  STRANGE VOMIT DOLLS

6 commentaires:

  1. Retour en fanfare pour Max, le Dirty pas le Mad, qui passe la seconde ! Superbe chro et oui, trois fois oui, Hugh Keays-Byrne est le meilleur badguy depuis des plombes! On ne voit plus le dernier méchant aussi réussi dans le rétro... Mais Immortan Joe roule vite, ça aide pas ! Heureux de te relire, mon ami !!

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    1. Merci Rigs, et surtout bravo à toi pour ta chro (géniale, comme d'hab) de Fury Road sur Toxic Crypt ! Bien sûr, je ne peux que te rejoindre sur cette gueule de porte-bonheur d'Immortan Joe, le genre de bad guy qu'on n'oublie pas...

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  2. Comme Rigs, je salue ici ton retour parmi nous par cette belle chronique qui rend un bel hommage à ce "Mad Max" que finalement tout le monde aura adoré, malgré quelques scories pour certains. Bien d'accord sur les personnages et leurs places dans le film. Pour moi aussi, le retrait de Max ne m'a pas gêné plus que ça dans la mesure où cela a permis de mettre en avant les autres personnages tels que Furiosa, Next ou Immortan Joe. Et pour finir, merci pour le lien. C'est la 1ère fois que j'apparais comme une référence à l'arrière d'un DVD :).

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    1. Mais de rien Roggy, c'est tout naturel de faire partager ta critique ! Tes propos passionnés sur la bombe Fury Road méritent d'être lus et relus. C'est vrai, le seul défaut du film - la discrétion du personnage de Max - n'en est pas vraiment un, finalement. Et puis, de toute façon, je suis trop raide dingue de Furiosa pour m'en plaindre !

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  3. Splendide chronique pou un miracle de blockbuster en effet ! Je suis prêt pour un nouveau ride dès que le dvd passera sur ma route. Quant à Charlize, j'adore...

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    1. Merci, Prince ! Je suis bien d'accord avec toi, ce Fury Road est un sacré morceau de cinéma, tellement puissant et inventif qu'on ne peut se lasser de le revoir. Et Charlize a aussi tatoué mon coeur... et mes tripes !

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