Thriller

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lundi 15 juin 2015

CHRISTOPHER LEE (1922-2015)


 
Les paupières de Christopher Frank Carandini Lee se sont fermées pour toujours le 7 juin dernier à l'âge de 93 ans. Avec lui, ce sont les plus belles pages du fantastique, et du cinéma populaire en général, qui se font la malle. C'est un peu comme si la salle du "Midi-Minuit" condamnait une seconde fois ses portes... On le croyait aussi immortel que Dracula, aussi indestructible que la créature de Frankenstein, aussi inoxydable que la momie... Mais dans la vie réelle, chaque homme est un jour ou l'autre coupé au montage. Seules survivent les légendes et leurs plus belles chimères, à jamais inscrites sur la toile et dans nos cœurs... Sir Christopher Lee, c'était une carrière débutée dans les années 1940 et s'étalant sur presque 70 ans. C'était près de 280 rôles au compteur, cinéma et télévision confondus. C'était une figure familière et précieuse que l'on aimait toujours retrouver dans une péloche, qu'il s'agisse d'un chef-d'œuvre impérissable ou d'un Z obscur. Son CV causait pour lui, sa prestance nous intimidait, son intelligence éclairait notre cinéphilie. Sa vie d'homme (il s'est engagé contre l'ordure nazie pendant la Seconde Guerre Mondiale) et son parcours professionnel (d'une densité exceptionnelle) imposaient le respect...

Il faut attendre 1958 pour que le magnétisme du bonhomme explose enfin à la gueule du monde entier avec Le cauchemar de Dracula de Terence Fisher. Qui a découvert ce classique des classiques alors qu'il était encore puceau, ne s'en est jamais vraiment remis. Aristocrate et bestial, le Dracula incarné par Lee fascine et terrifie son audience, à tel point que l'acteur est très vite indissociable de son personnage (il le retrouvera encore à plusieurs reprises, que ce soit pour la Hammer ou pour d'autres). Le succès est immédiat. Le monsieur devient le nouveau prince des ténèbres et fait partie du trio magique de la Hammer Films, trio complété par le réalisateur Terence Fisher et le comédien Peter Cushing, son inoubliable rival à l'écran. Lee participe alors à l'âge d'or du fantastique britannique et se spécialise, pour la firme au marteau, dans les rôles de monstres mythiques (créature ressuscitée dans Frankenstein s'est échappé! (1957), momie vengeresse dans La malédiction des pharaons (1959) : tous deux de Terence Fisher) et de bad guys en tout genre (manipulateur mystique dans Raspoutine, le moine fou de Don Sharp - 1966, sataniste et corrupteur dans Une fille...pour le diable de Peter Sykes - 1976). Dans un même mouvement, la Hammer confie également à Lee des personnages de "gentils" (aristo victime d'une machination dans Le chien des Baskerville (1959), expert en sciences occultes se fritant contre les forces du Mal dans Les vierges de Satan (1968) : toujours de Fisher).

Génial dans tous les registres, qu'il soit maléfique ou non, Christopher Lee n'a pas seulement brillé pour la Hammer, il l'a aussi fait pour d'autres compagnies. Comme la Tigon, à l'occasion de La maison ensorcelée (Vernon Sewell, 1968) - long métrage également fréquenté par Boris Karloff et Barbara Steele - ou Un colt pour trois salopards (Burt Kennedy, 1971) - l'unique western de Lee.  Ou encore la Amicus, notamment pour les besoins de La maison qui tue (Peter Duffell, 1971) - film à sketches avec aussi Peter Cushing et Ingrid Pitt - et Je suis un monstre (Stephen Weeks, 1971) - adaptation officieuse de L'étrange cas du Dr Jekyll et de M. Hyde. Mais c'est chez la British Lion Film Corporation que Chris Lee nous surprend le plus. Pour cette dernière, le comédien tourne sous la direction de Robin Hardy un authentique film culte : The wicker man (1973). Sir Christopher y joue son rôle préféré, celui de Lord Summerisle, un gourou régnant sur une île où se pratique d'étranges rites païens. Sulfureux, envoûtant, déstabilisant, The wicker man est un Objet Filmique Non Identifié se situant à l'opposé des bandes de la Hammer.

Outre l'industrie cinématographique de la Perfide Albion, l'inoubliable Dracula des cinoches de quartier a également ajouté sa pierre à l'édifice du Bis italien en tournant avec Mario Bava dans le péplum baroque Hercule contre les vampires (1961) et le poème gothique Le corps et le fouet (1963). En Allemagne, après avoir côtoyé le krimi à la Edgar Wallace (via Le narcisse jaune intrigue Scotland Yard -  1961 et L'orchidée rouge - 1962), Lee agrémente la distribution d'un curieux film d'épouvante intitulé Le vampire et le sang des vierges (Harald Reinl, 1967). Très actif en Europe, la route de l'acteur croise ensuite celle d'un autre artiste prolifique : Jess Franco. Après trois opus dirigés par Don Sharp et Jeremy Summers, Christopher Lee réendosse par deux fois les frusques du super criminel Fu Manchu pour le compte du cinéaste espagnol (Le sang de Fu Manchu - 1968 et Le château de Fu Manchu - 1969). Mieux que ça, il revêt encore la cape du plus célèbre des vampires dans Les nuits de Dracula (1970). Mais c'est encore dans le brutalement épique Le trône de feu (1970) et le magistralement pervers Les inassouvies (1970) que Lee fait montre de son immense talent (juge sanglant durant l'inquisition dans le premier et maître de cérémonie sadique dans le second).

Mais dans les seventies, Lee commence à se lasser de l'horreur et de ses petits budgets. Alors que la Hammer entame son crépuscule (Lee ne se dit pas du tout satisfait des derniers Dracula produits par la société), cet éternel gentleman rêve d'autres choses. Embarrassé par cette étiquette de "méchant" qui lui colle à la peau,  Christopher Lee ne peut pourtant pas refuser le rôle du classieux et létal Francisco Scaramanga, l'adversaire de Roger Moore dans L'homme au pistolet d'or (1974). Bad guy dans un James Bond ? Une consécration. Pour notre homme, c'est donc l'heure de changer d'horizon et de s'offrir un nouveau challenge : Hollywood. Malheureusement, la Mecque du cinéma va sous-exploiter cet acteur extrêmement cultivé, hyperpolyglotte et d'une élégance à toute épreuve. Ce qui n'empêche pas le futur Saroumane de tourner énormément et d'accepter des rôles secondaires comme celui que lui propose Spielberg pour son azimuté 1941 (1979). En 1981, il se frotte même à Chuck Norris dans le Dent pour dent de Steve Carver. Rien ne fait peur à Christopher, pas même le Bis qui tache façon Hurlements 2, séquelle nawakesque de la bombe de Joe Dante. Ce dernier fait d'ailleurs appel à Lee pour l'excellent Gremlins 2 : la nouvelle génération (1990) dans lequel l'acteur britannique campe un savant fou en la personne du Dr Catheter. Une composition jouissive, à l'image du film.

Fin 1990/début 2000, d'autres cinéastes cinéphiles n'oublient pas leur idole de jeunesse. Comme Tim Burton qui entame dès Sleepy Hollow (1999) une fidèle collaboration avec Christopher Lee. Mais aussi George Lucas qui l'associe à la prélogie Star Wars, et Peter Jackson qui l'engage pour ses adaptations de Tolkien. La carrière de Lee trouve alors un second souffle et touche maintenant les jeunes générations. Homme aux multiples talents, le comédien a aussi poussé la chansonnette et joué les narrateurs pour les heavy métalleux de "Manowar" et de "Rhapsody of fire", ainsi que pour son propre groupe baptisé "Charlemagne". Une voix de baryton à la résonance magique, éternelle. Pour conclure, je laisse la parole au réalisateur de The Hobbit : "Il n'y aura jamais d'autre Christopher Lee. Sa place est unique dans l'histoire du cinéma et dans le cœur de millions de fans à travers le monde. Le monde sera plus petit sans lui à l'intérieur. Une icône du cinéma s'est transformée en légende". 


1958 : LE CAUCHEMAR DE DRACULA
1962 : SHERLOCK HOLMES ET LE COLLIER DE LA MORT





1963 : LE CORPS ET LE FOUET








1966 : LES 13 FIANCÉES DE FU MANCHU



1968 : LES VIERGES DE SATAN
1970 : LES INASSOUVIES
1972 : TERREUR DANS LE SHANGAÏ-EXPRESS
1973 : THE WICKER MAN
1974 : L'HOMME AU PISTOLET D'OR



1976 : UNE FILLE...POUR LE DIABLE



1979 : 1941



1981 : DENT POUR DENT
1985 : HURLEMENTS II
1990 : GREMLINS 2, LA NOUVELLE GÉNÉRATION






2001 : LE SEIGNEUR DES ANNEAUX - LA COMMUNAUTÉ DE L'ANNEAU








































15 commentaires:

  1. Magnifique retour sur une carrière magnifique elle aussi, bravo Max. Perso, j'ai encore du mal à me rendre compte qu'il n'est plus là... Ca semble impossible.

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    1. Merci, Rigs ! Je partage ton ressenti, c'est dur de réaliser qu'il nous a quitté. L'acteur le plus représenté dans nos vidéothèques vient de passer de l'autre côté du miroir. Sa longévité le rendait presque immortel. En tout cas, il le restera pour tous ses nombreux admirateurs...

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  2. Comme Rigs, je trouve que tu rends un bel hommage à ce très grand acteur. La fin d'une époque malgré une vie cinématographique bien remplie. Tous les amoureux de cinéma de genre pleurent Christopher Lee. Ces derniers temps, la faucheuse est de sortie...

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    1. Merci du compliment, Roggy ! Effectivement, nous avons perdu un immense acteur, l'un de ceux qui nous a fait aimer le cinéma et plus particulièrement le fantastique...

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  3. Bel hommage pour un géant du ciné fantastique. Inégalable, inégalé... il laisse un grand vide, je le pense vraiment. Plus le temps passais, plus je le croyais éternel !

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    1. Merci Séka ! Comme tu le dis, Christopher Lee était un géant. Un géant irremplaçable, ça c'est certain...

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  4. Merci pour ce magnifique et vibrant hommage, rendu a ce géant du cinéma. Ce grand monsieur restera irremplaçable, inégalé et inégalable, aussi bien par sa présence sur un écran, que par son talent d'acteur. Comme tous ses autres fans, je le pensais moi aussi immortel, pour moi il ne faisait pas partie que du cinéma, mais aussi de ma vie, et maintenant je me sens comme orphelin. A mon humble avis, aucun écran n'était assez grand pour accueillir ce grand artiste, a part peut-être un écran de la taille de l'univers c'est à dire infiniment grand. La seule chose qu'il me reste à dire est la suivante: monsieur Christopher ''Dracula'' Lee reposez en paix, j'espère que Dieu saura apprécier et admirer votre talent, comme nous pauvres mortels avons su le faire durant votre trop cours séjour sur terre!!!!

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    1. Salut Christophe, ravi de faire ta connaissance ! Que rajouter de plus, tu as tout dit, tu expliques très bien pourquoi Sir Christopher Lee va nous manquer. Les cinéphiles sont en deuil et comme tu le dis, ce grand monsieur était bien plus qu'un acteur. Les légendes ne meurent jamais... En tout cas, bienvenue à toi et merci pour ton commentaire !

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  5. Immense acteur, Dracula nous quitte... On se souviendra entre autres de lui pour les films de la Hammer. Mais pas seulement. A mon avis, l'un de ses meilleurs films reste The Wicker Man. Sinon très heureux de voir Thriller A Cruel Picture ornementer ce blog passionné et passionnant.

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    1. Salut à toi, Alice in Oliver et bienvenue sur mon modeste blog ! Je te rejoins totalement sur le génial The wicker man, peut-être bien le meilleur film fantastique british de tous les temps. Une œuvre unique qui comptait beaucoup aux yeux du regretté Christopher Lee... Et merci du compliment, je vais d'ailleurs bientôt me refaire ce fameux Thriller grâce au dvd récemment paru chez Bach Films. Quant à ton site, Cinéma Choc, je viens de le découvrir et il me botte déjà !

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  6. Merci pour ton très gentil compliment! Je te remercie et te complimente également pour les analyses de grande qualité, que tu fais sur chaque film que tu nous invite à connaître. Je pense sincèrement que tu aurais très certainement fait un excellent critique cinématographique, si tu avais choisi cette voie. Merci pour ton accueil.

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  7. Merci pour ton accueil, et pour tes excellentes présentations de films qui nous donnent vraiment envie de les visionner!! Je pense sincèrement, que tu aurais pu faire carrière dans la critique cinématographique!!! A mon avis Christopher aurais appréciait ton talent dans cet exercice. merci pour ton super boulot!!!

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    1. Merci Christophe mais c'est trop d'honneur, tu me fais rougir comme une tomate tueuse ! Je ne suis qu'un baladin qui aime faire partager ses coups de cœur cinéphagiques, rien de plus. Quoi qu'il en soit, tes propos me touchent beaucoup et m'encouragent à continuer d'écrire mes bafouilles.

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  8. à Madeleine : N'hésite pas à venir commenter le blog si tu le souhaites. You are welcome !

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    1. Oui bien sûr, je n'y manquerai pas. À bientôt !

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